Li Kunwu, un dessinateur hors du commun

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Connu en France et à l’étranger pour ses nombreuses bandes dessinées à succès, Li Kunwu présente au FRAC Auvergne à partir du 20 janvier 2018 sa nouvelle et spectaculaire exposition : La formidable épopée du Yunnan (sud de la Chine).

Frac Auvergne, Li Kunwu, 2018

En une cinquantaine de dessins grands formats – dont une impressionnante fresque de 21 mètres de long – Li témoigne de cette incroyable aventure qui rassembla au début du 20e siècle plus de 60 000 personnes pour construire «cette voie ferrée sous les nuages ».

Maître du lavis à l’encre de Chine, Li Kunwu nous donne à voir avec ce prisme déformant qui fait toute la singularité de son regard l’évolution de ce chantier spectaculaire qui, à force d’ingéniosités et de sacrifices, arriva au terme de sa titanesque mission.

Aux confins du documentaire, du récit graphique, avec ses perspectives déformées proches d’une fulgurante hallucination, le dessinateur nous livre une histoire édifiante et complexe de la condition humaine en marche vers le progrès au tournant du 19e et 20e siècle.

Parallèlement à cette exposition un livre d’art est publié sur Li Kunwu.

Li Kunwu, Éditions Est-Ouest 371, Paris, 2018, 151 pages, 28 euros.

Dans sa première partie, l’ouvrage s’interroge (analyses, entretiens avec l’artiste) sur sa nouvelle activité artistique (on ne connaissait de Li jusqu’à présent que les bandes dessinées). La seconde partie porte sur cette formidable épopée. Li s’en est inspiré pour mener à son tour son grand œuvre : donner à ces hommes, pris jusqu’à présent dans un temps historique, l’intemporalité de ses traits. Et questionner à travers eux les successives défroques de notre condition humaine à l’aune de nos inlassables quêtes de modernités.

 

La sève non la ligne (extrait du livre)

Li dessine. Assis dans le fauteuil qui fait face à l’entrée principale de la pièce ; là où tout passe, entre et sort. Une ouverture que Li souligne en prenant bien soin de faire converger sur elle toutes les lattes du parquet parallèles aux murs dans la réalité.

Instant de bonheur – 幸福时光 Stylo encré sur papier Canson, Paris, 3 mai 2017

Par cette déformation du réel Li montre qu’il occupe la place idéale pour témoigner de cette scène qui se joue devant lui et se joue implicitement de nous. Car la pièce est vide tandis qu’il la dessine. Mais elle bruit encore de tout ce qu’il a enregistré ces jours derniers.

Quand Li se rappelle, Li prend du recul. Son regard de la hauteur. Une mise à distance qui libère moins un œil qu’un point de vue : entendons par là non le lieu dont on jouit généralement d’une vue pittoresque ; mais cette façon subjective, singulière d’envisager, de penser, de poser un problème. Ce que nous montre Li, il ne peut l’observer – il est assis dans le fauteuil – mais encore nous le donne-t-il à voir avec la cohérence optique et géométrique liée à la position aérienne de ce regard planant au-dessus de sa tête. Un œil doué d’une vision centripète à l’image de ces optiques à courte focale qui ploient les lignes droites pour mieux les tenir et les empêcher de ler hors cadre. Cette vision a la voracité d’une caméra de surveillance. Elle enregistre tous azimuts, à 360 degrés, jusqu’à Li Kunwu lui même que l’on découvre vu de haut et de dos, en train de dessiner se dessinant. La boucle est bouclée. Si rien n’échappe au regard de Li, Li n’échappe pas non plus à son regard.

Extrait du livre : Li Kunwu, paru aux éditions Est-Ouest 371, 2018.

Le message est clair : à défaut de tout voir, Li peut donc tout faire voir. Par la force transcriptrice de son imaginaire qui actionne d’autres perceptions visuelles que la vision naturelle de l’œil humain. Comme celles que l’homme prête à certaines espèces animales (poissons, oiseaux) selon les espaces (aquatique, aérien) qu’elles fréquentent : l’œil de poisson – Fisheye – une appellation que l’on donne d’ailleurs aux objectifs super grand angle et dont Li reproduit jusqu’aux effets de vignettage (ces jeux d’ombres traités sous la forme de zébrures en bordure d’image) et la vue d’oiseau – Bird’s eye view – indispensable pour égrener dans la profondeur de champ ces multiples détails successifs qui donneront à cette scène d’intérieur saisie par cet œil extérieur toute la richesse de son intimité.

Extrait tiré de l’article :  La sève non la ligne tiré de Li Kunwu, Geneviève Clastres, Philippe Pataud Célérier, Éditions Est-Ouest 371, 2018.

Li Kunwu, Est-Ouest 371, janvier 2018

Dédicace à la librairie Le Phénix : le 17 janvier 2018 à 18H avec Li Kunwu et les commissaires d’exposition Geneviève Clastres et Philippe Pataud Célérier.

Pour l’acheter en ligne : Le Phénix

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