Moi, ce que j’aime, c’est les monstres par Emil Ferris

Moi, ce que j’aime, c’est les monstres par Emil Ferris

Extrait de « Moi, ce que j’aime, c’est les monstres » © Emil Ferris – Editions Toussaint Louverture

Au départ un stylo bille à quatre couleurs. En 2002 Emil Ferris a 40 ans. Son corps est paralysé par une méningo-encéphalite. Le neurologue est formel. Elle ne pourra plus dessinée ; elle qui crayonnait avant même d’avoir su marcher en raison d’une scoliose qui avait hypothéqué ses premiers pas d’enfant. Ferris s’accroche. Sa fille de 6 ans scotche chaque matin un stylo bille sur sa main tremblante.À raison de seize heures de dessin quotidiennes pendant six ans, les doigts reprennent vie. Les traits hachurent avec la précision de ces tailles douces chères à Dürer. Un scénario bien singulier: « La vision d’une fille loup-garou lesbienne – Karen alias Ferris – blottie dans les bras d’un enfant transsexuel ». Au fil d’un journal intime doué d’une matrice onirique et baroque aux inspirations multiples (Füssli, Seurat, Géricault, Crumb, Sendak, Lynch) les monstres défilent dans un kaléidoscope d’images et de textes savamment entrelacés, pensés. Ces étranges créatures nous deviennent peu à peu familières et là est le tour de force de Ferris : nous faire accepter ces monstres… qui n’existent que dans le regard de ceux qui dénient à l’autre son droit à la différence. Depuis cette Amérique turbulente de la fin des années 1960 aux normes sociales et politiques étranglées (assassinat de Luther King, de Kennedy…) Karen va remonter le temps, son temps au fil de drames familiaux, de voisinages, de témoignages historiques qui prennent racine jusque dans notre histoire collective la plus sordide: celle d’un régime nazi aux apparences très humaines sur fond de colonnes de fumée. 

Les Éditions Monsieur Toussaint Louverture (Première partie), 2018, 416 pages, 34,90 euros.

Philippe Pataud Célérier, décembre 2018.

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