Shanghaï sans toits ni lois

Shanghaï sans toits ni lois

C’est dans la concession française de Shanghaï qu’a eu lieu, en juillet 1921, le premier congrès du Parti communiste chinois. Au cœur des mutations socio-économiques de l’immense pays, cette mégapole est devenue la première « ville globale chinoise ». Cependant, cette formidable mutation qui lie communisme et capitalisme a de graves conséquences. Dans sa course à la verticalité, Shanghaï a sacrifié des quartiers entiers : 2,5 millions de ses habitants auraient été expropriés depuis le début des années 1990. La liberté économique accordée aux classes moyennes dans une société civile asservie au pouvoir politique entraîne une individualisation chaque jour plus grande de la société urbaine. Or, si les valeurs collectives n’ont plus de prix, nul doute qu’elles auront un coût.

Shanghai, Pudong, © Philippe Pataud Célérier
Shanghai, Pudong © www.philippepataudcélérier.com

Les ouvriers s’affairent. Une jeune femme flotte sur une onde rose et bleue ; une force tournoyante aspire son corps dans l’orbite voluptueuse de siphons et de chasses d’eau ; des cuvettes surgissent avec une fraîcheur de récifs : « American Standard », annonce le nouveau panneau publicitaire en bordure du périphérique. Quelques mètres plus bas, des curieux se sont attroupés devant un cordon de sécurité. Ce type de ruban qui circonscrit dans un lieu l’irruption de l’insolite, un accidenté couché à terre, un immeuble menaçant ruine. Rien de tout cela ici. Rien à l’exception d’un restaurant solidement campé parmi les gravats. La salle est saccagée. Des ombres sanglotent. Comment l’établissement tient-il encore debout dans ce quartier totalement dévasté ? Probablement par accident. Les autorités ne se sont donc pas trompées en tenant les badauds à l’écart avec ces cordons rouges et blancs qui signalent généralement ce qui est couché, ici ce qui est encore debout. Une vieille femme témoigne : « Des hommes sont venus très tôt ce matin. Ils ont tout cassé : les chaises, les tables, la vaisselle, la vitrine. Le cuisinier a été agressé. Le propriétaire ne veut plus partir car, depuis qu’il a accepté la vente de son restaurant, la municipalité a réduit de moitié les indemnités promises ! » Mais que peut-il faire ? Ceux qui tentent de rester dans les maisons qu’ils occupent depuis quatre générations se voient couper l’eau et l’électricité ! S’ils ont un emploi public, ils peuvent perdre leur travail, se faire molester par de curieux voyous qu’on croise dans la journée avec un képi sur la tête.« Les policiers se font payer les heures supplémentaires par les promoteurs immobiliers ! Ma fille, elle, a été relogée à vingt kilomètres d’ici. Depuis elle n’a plus de travail. Elle livrait des journaux ! Que va-t-elle devenir ? »

© Zhang Dali, 1999
© Zhang Dali, 1999

La scène se passe le long de la rivière Suzhou, non loin de la gare de Zhabeï, quartier prolétaire situé au nord de Shanghaï ; là où, sur fond d’industries textiles, apparurent les premiers syndicats ouvriers entre 1924 et 1927 (1).Malraux écrivait dans La Condition humaine : « La grève générale est proclamée à Chapeï ! » Les communistes avalaient du cyanure pour échapper aux nationalistes dans le sifflement des locomotives. Aujourd’hui, le bruit des pelleteuses couvre la voix des expropriés. Sur les quinze millions d’habitants permanents de cette ville-province, plus spécifiquement sur la dizaine de millions occupant les dix arrondissements urbains du centre-ville, 2,5 millions auraient déjà été expropriés depuis le début des années 1990 (2). Ici, sur cette rive nord, la plus convoitée pour son exposition plein sud face à la rivière, les autorités ont hissé une banderole : « Protégeons notre peuple ! Quatre-vingts ans que le Parti mène toujours avec succès la même politique ! » Une seconde a affiché : « Améliorons nos vies ! Améliorons nos quartiers ! » Les télévisions ont été convoquées. Elles ont montré l’insalubrité anarchique de cet habitat populaire particulièrement dense. Une jeune femme a témoigné devant la caméra : « Nos maisons sont pourries ! Je préfère habiter une tour et voir chaque matin le soleil ! Il y a aussi l’eau courante ! Terminée, la corvée des pots de chambre ! »

Lu Yuanmin © Suzhou he, 1992, www.beaugeste-gallery.com
Suzhou he, 1992, © Lu Yuanmin, www.beaugeste-gallery.com

Puis, de l’agent immobilier à l’agent administratif, chacun est venu dénoncer la vétusté des logements. Presque honteux, les habitants ont été invités à signer la cession de leur maison en contrepartie d’une indemnité forfaitaire ou d’un relogement administratif en qualité de locataire ou de propriétaire – espace habitable calculé selon la nature du logement détruit – dans ces immenses tours qui envahissent la périphérie comme des boutons d’acné. Jusqu’aux années 1980, le logement, distribué gratuitement aux salariés ou en échange d’un loyer symbolique, faisait partie intégrante de la politique sociale étatique. Ce système – aboli en 1998 – permettait aux entreprises d’Etat de compenser les faibles salaires versés. Mais cet avantage en nature avait une contrepartie : les revenus locatifs ne pouvaient absorber les charges d’entretien des immeubles. Leurs sources de revenus se raréfiant, nombre d’entreprises d’Etat freinaient leur politique de rénovation ; la surface habitable tombait à 4 mètres carrés par personne en 1979. L’heure des restructurations sonnait le glas des investissements non rentables.

© Pudong © Philippe Pataud Célérier
Shanghai, Pudong © www.philippepataudcélérier.com

Mais comment convertir une prestation sociale en bien marchand pour attirer des investisseurs privés ? « Sous l’impulsion de Deng Xiaoping, la réforme économique transforme dans les années 1980 la valeur foncière en rente différentielle, explique M. Zhang Liang, architecte et urbaniste (3). Le prix du mètre carré dépend désormais de multiples critères : géographiques (centre-ville, périphérique, proximité d’une bouche de métro…), économiques (selon sa destination : bureaux, logements ou espaces verts), sociaux (quartiers prisés ou non)… »

« Bu po bu li ! » (sans destruction, pas de construction !). La spéculation immobilière reprend à son compte la formule de Mao pendant la révolution culturelle. « La politique de la table rase permet d’ériger des tours, d’augmenter la surface des logements tout en densifiant le bâti », poursuit M. Zhang. Des constructions d’autant plus rentables que les indemnités d’expropriation sont fixées par les autorités locales et payées par des promoteurs peu soucieux du respect des lois. Nombre de sociétés immobilières n’ont-elles pas pour actionnaires des cadres locaux ?

Shanghai, vue de Puxi, 2003 © ppc
Shanghai, vue de Puxi, 2003 © www.philippepataudcélérier.com

« 300 000 yuans par foyer (4) ? Une indemnisation permettant l’achat d’un appartement de 90 mètres carrés au-delà du troisième périphérique ? » Liu sourit amèrement au discours officiel. Lui n’a reçu que 120 000 yuans 40 000 yuans par personne, sur la base maximale de trois membres par foyer –en dédommagement de la petite maison, désormais détruite, qu’il possédait en bordure de la Suzhou. Un montant non négociable qu’il a cependant préféré au logement qu’on lui réservait : « Une banlieue mal desservie et sans école pour ma fille unique. L’indemnité me permet de payer un loyer chez des amis habitant encore le quartier et de sauvegarder mon emploi d’agent de sécurité à la poste centrale de Suzhou. Impossible d’acheter ici quand le prix du mètre carré avoisine 5 000 yuans. » Liu sait que les compensations sont parfois moins équitables. Ainsi cet habitant faiblement indemnisé (100 000 yuans) au motif que sa parcelle – d’une superficie double de celle de Liu – était affectée à la création d’un espace vert. En guise de verdure…, un jardinet menant à un nouveau centre d’affaires. Une requalification qui ne donna lieu à aucun dédommagement supplémentaire en dépit d’un mètre carré revendu par le promoteur trois fois plus cher et non plus sur un mais sur trente étages.

Shanghai, un dimanche matin, 2000 © ppc
Shanghai, un dimanche matin, 2000 © www.philippepataudcélérier.com

« La municipalité sait habilement casser cette solidarité qui pourrait créer des liens entre les expropriés, explique Liu. Ceux qui acceptent immédiatement la compensation en nature peuvent choisir entre différents logements moins éloignés du centre. » Pour les autres, la procédure est de notoriété publique : avertissements, harcèlements, menaces, expulsions. Et, comme sanction de leur résistance, une injustice plus grande encore. « Vous voyez ces toits en ruine, là-bas. Le promoteur a fait faillite et la municipalité n’a pas les moyens d’indemniser ou de reloger décemment ces habitants dont elle a pourtant fait détruire les maisons. Deux ans déjà qu’ils vivent au milieu des gravats, derrière le mur que la municipalité a érigé pour ne pas effrayer les clients des hôtels voisins ou les futurs propriétaires des résidences à venir. » Car le long de la Suzhou, les cités résidentielles poussent à la vitesse du bambou. Les noms sont à consonance anglo-saxonne : « Brillant City », « Rhine City ». A l’endroit précis où la rivière s’étire dans un large virage – une topographie propice aux affaires car sa rondeur est aussi opportune que la panse de Bouddha –, deux immenses tours se détachent.

Nouveau quartier résidentiel, Shanghai © ppc
Nouveau quartier résidentiel, Shanghai © www.philippepataudcélérier.com

« Pour seulement un yuan ! Observez la richesse ! » L’homme, un ouvrier au chômage, apostrophe les passants en leur proposant une paire de jumelles. « Regardez ! » Deux tours ont été construites par une société immobilière de Hongkong. Trente-deux étages proposent, sur cent mètres de hauteur, deux cent huit appartements meublés de 120 à 165 mètres carrés avec cuisine équipée, plusieurs salles de bains, salons en duplex, toilettes d’une blancheur immaculée. L’immeuble possède des espaces collectifs privatifs : jardinets, piscine, salle de sports. Entre 7 000 et 17 000 yuans, le prix du mètre carré selon l’étage. Les appartements ont été achetés en moins d’un an. Les acquéreurs sont essentiellement des Hongkongais, des étrangers – depuis août 2001, ils ont le droit d’acheter à leur nom – ou des nouveaux riches de province, particulièrement de Wenzhou (dans le Zhejiang). D’autres préfèrent louer : 10 000 à 13 000 yuans par mois en moyenne. Des prix exorbitants comparés aux 1 000 à 2 000 yuans pour un appartement classique ou aux 50 à 100 yuans de loyer mensuel réclamés pour les milliers de petites maisons en passe d’être détruites autour du « Riverside ». Un espace vert est prévu à l’ombre des tours.

Shanghaï, Suzhou He © ppc
Shanghaï, Suzhou He © www.philippepataudcélérier.com

La rivière Suzhou, elle, se désindustrialise. On dépollue ses eaux pour le bonheur des investisseurs et des futurs résidents. « Oui, le quartier s’améliore, admet Liu, mais nous n’en profiterons pas. On nous met à la porte à cause de nos faibles revenus. Et nous ne pouvons pas faire valoir nos droits. » Une injustice ressentie d’autant plus durement que la corruption est à la hauteur du dynamisme immobilier. D’une vitalité sans égal, « vu l’effet de rattrapage qui s’est combiné avec la pression de la population – l’équivalent d’une France en plus tous les cinq ans – pour lutter contre le formidable sous-développement des logements et de l’infrastructure immobilière héritée de Mao », commente l’économiste Jean-François Huchet (5). Le journal pékinois China Business pointait récemment que 88 % des 479 ventes foncières réalisées à Shanghaï entre 2001 et 2003 avaient été effectuées en dehors des enchères publiques requises par la loi (6). « C’est vrai que légalité et équité font rarement bon ménage. La loi, explique un juriste chinois en paraphrasant Voltaire, est devenue un pur artifice servant exclusivement l’intérêt des puissants. » Rares sont les avocats à défendre les droits des délogés. Sous prétexte de faire prévaloir l’utilité publique contre des intérêts privés, les tribunaux déboutent systématiquement les plaideurs de leurs demandes, alors qu’ils ne réclament que l’application de la loi. Comme celle qui impose au promoteur de reconstruire en banlieue pour les familles déplacées le double de mètres carrés démolis dans le centre, ce qui est rarement respecté.

Déraciné (2007) © Yang Yi
Déraciné (2007) © Yang Yi

L’affaire « Zheng Enchong » est assez révélatrice de cette atmosphère délétère. Après avoir défendu les droits de quelque 500 familles expropriées – sans jamais avoir gagné une seule affaire ! –, M. Zheng Enchong, avocat shanghaïen de 54 ans, s’est fait retirer sa licence. Pis, il a été arrêté en juin 2003 pour divulgation de secrets d’Etat à une organisation étrangère qui n’est autre que Human Rights in China (7). Au nombre des secrets illégalement transmis, les informations relatant une grève ayant éclaté dans une usine shanghaïenne de produits alimentaires. Les dirigeants avaient annoncé le licenciement de la majorité des ouvriers avec, pour solde de tout compte, une indemnité forfaitaire de 30 000 yuans. Protestations, manifestations, dispersion, rétorsion. L’unité spéciale d’investigation du bureau de la sécurité publique de Shanghaï est dépêchée pour procéder à l’analyse graphologique d’un mot placardé à l’intérieur de l’usine : « Je n’ai plus rien à manger, je veux répandre du poison. » Pour avoir faxé ces informations, l’avocat est condamné, le 29 octobre 2003, à trois ans de prison. Il est vrai que la notion de secret d’État a toujours été d’une grande élasticité en Chine ; une plasticité particulièrement forte quand elle permet de mettre hors d’état de nuire un avocat populaire, pugnace et embarrassant.

Car cette fois, pour défendre les familles illégalement expropriées, M. Zheng Enchong n’a pas hésité à dénoncer les pratiques frauduleuses d’un promoteur très haut placé : M. Zhou Zhengyi, onzième fortune chinoise selon le magazine Forbes(2002). Ce dernier est l’ami de M. Huang Ju, membre du comité permanent du Bureau politique, organe suprême du Parti. Une nomination que M. Huang doit à M. Jiang Zemin, ancien secrétaire général du Parti communiste chinois (et ancien maire de Shanghaï), qui avait pris soin de noyauter le Comité – nommant 5 membres sur 9 – avant de céder la place à son rival, l’actuel secrétaire du PC et président de la République, Hu Jintao. Certains expropriés tentent le recours hiérarchique en « montant sur Pékin » pour porter directement leur pétition à M. Hu Jintao, non sans avoir déjoué la sécurité publique de Shanghaï, dépêchée par les autorités locales en gare de Zhabeï ou à l’arrivée du train à Pékin. Parmi les plus démunis, certains n’ont pas hésité à s’immoler par le feu place du Peuple (8). L’image est désastreuse pour le régime. Ces injustices sont cependant vécues avec d’autant moins de fatalisme que le spectre des personnes spoliées concerne tout autant les petites gens que des acquéreurs conscients de leurs droits et prêts à tout pour défendre leur nouveau statut de propriétaire ainsi que la valeur économique de leur acquisition ; n’hésitant pas à s’organiser en associations pour défendre leurs intérêts collectifs engendrés non plus par l’appartenance à « une même classe mais à une même place  (9) ».

Shanghaï, Suzhou He © ppc
Shanghaï, Suzhou He © www.philippepataudcélérier.com

Coup de théâtre, le 19 décembre 2003, la cour d’appel a cassé le jugement condamnant M. Zheng. Faut-il voir dans cet arrêt l’influence de M. Hu Jintao, cherchant à saper l’autorité de M. Jiang Zemin, l’influent rival qui était encore président de la Commission centrale militaire ? Ou la volonté commune des plus hautes instances de commencer à moraliser les affaires, gage de la stabilité sociale et de la croissance économique dont le secteur immobilier est l’un des ferments essentiels ? Le 14 mars 2004, le Congrès National du Peuple Chinois amende la Constitution du pays et inscrit dans sa loi fondamentale, le caractère inviolable de la propriété privée obtenue légalement. Confirmant l’adage chinois qui veut que les lois s’imposent quand la vertu des gouvernants cesse… ou se confond avec leur nouvelle légitimité : maintenir la croissance. Car après vingt-cinq ans de réformes économiques, le passage réussi à une économie de marché ne peut plus ignorer certains de ses rouages : le respect de la propriété privée ainsi que ceux qui les font tourner pour le bien-être du Parti : ces millions de petits entrepreneurs privés, ces « contre-révolutionnaires » adoubés par le 16e congrès du PC chinois, en novembre 2002, sous le verbiage ampoulé de « forces productives avancées ».

La récente affaire de Taishi, nom d’un village d’environ 2 000 habitants, situé dans la région de Canton, au sud de la Chine, prouve que les pratiques d’élus locaux font encore fi des changements constitutionnels. L’affaire met en scène des paysans expropriés sans dédommagements par un élu local, lequel, revend les terres à des promoteurs immobiliers. Là où les choses prennent un tour particulier, c’est que cette spoliation suscite la mobilisation et la solidarité de tout un village. Pendant trois mois, à coups de pétitions, de manifestations, d’occupations des locaux administratifs et de grèves de la faim, durement réprimées, les villageois tiennent tête aux autorités locales. Ils demandent le renvoi du maire, seule personne élue directement par le peuple en Chine.

Avocats, juristes, journalistes se mobilisent, la milice aussi, discrètement commanditée par des responsables locaux. Des journalistes étrangers sont molestés dont l’envoyé spécial de Radio France internationale, Abel Ségrétin. L’affaire prend alors un écho international que les autorités chinoises tentent d’assourdir en mettant en cause le contenu d’un article de presse du The Guardian (10 octobre 2005) inopportunément exagéré (10). Aussi regrettable qu’il soit, la réalité n’est pas escamotable et les regards guettent désespérément un geste de Pékin. Le Parti va t-il sanctionner l’élu, Chen Jinsheng et ses assises maffieuses ? Il est clair que sa réponse va fournir un élément d’appréciation capital sur les pratiques démocratiques à venir en Chine tant du côté des dirigeants suprêmes dans leur capacité ou volonté de faire respecter la loi (en dehors de toutes opportunités d’affaires), que de celui des administrés, certainement plus sourcilleux à l’avenir sur le choix de leurs représentants.

En attendant cette grille de lecture, la question sociale reste préoccupante. «La planification urbaine a aggravé le clivage social par une opposition de plus en plus marquée entre le centre et la périphérie. Il y a de moins en moins de mixité sociale dans ces villes qui s’uniformisent à coups de schémas directeurs reproduits à l’identique », conclut M. Zhang Liang, urbaniste-architecte. Urbanisation intensive, éclatement progressif de la structure familiale, paupérisation non compensée par la solidarité familiale, comment demain vont réagir ces grands ensembles sans identité ?

Texte et images (sauf mentions contraires) © Philippe Pataud Célérier

Pour citer ce texte : www.philippepataudcélérier.com / Le Monde Diplomatique

Notes : 

  • (1) Les syndicats ouvriers furent écrasés par Tchang Kaï-chek soutenu par le gang de la Main verte et la grande bourgeoisie shanghaïenne. Lire Marie-Claire Bergère, Histoire de Shanghaï, Fayard, Paris, 2002. 
  • (2) Shanghaï désigne à la fois une ville-province urbaine et rurale de 6 340 km2 mais aussi le centre-ville avec ses dix arrondissements urbains : Yangpu, Hongkou, Zhabei, Putuo, Changning, Jing’an, Huangpu, Xuhui, Luwan, Nanshi. A ces 15 millions de résidents, il faut ajouter près de 3 millions de migrants dépourvus de carte de résidence mais tout autant concernés par les expulsions. 
  • (3) Zhang Liang, La Naissance du concept de patrimoine en Chine, éditions Recherches Ipraus, Paris, 2003. Il faut distinguer le droit de propriété dont l’État chinois est seul titulaire depuis 1949 du droit d’usage du sol qui, lui, peut être cédé. La loi de 1987 a transféré aux municipalités l’initiative et les bénéfices des cessions à bail – de 30 à 90 ans – des droits d’utilisation du sol. 
  • (4) 10,63 yuans valent 1 euro. 
  • (5) « Vingt-cinq ans de réforme en Chine : révolution économique, conservatisme politique », Esprit, Paris, février 2004.
  • (6)  China’s Urban Renewal Brings Protests, Police, David J. Lynch ; USA Today, McLean (Virginie), 14 novembre 2003. 
  • (7)  The Legal Time Bomb of Urban Redevelopment, Liu Qing, China Rights Forum, n° 2, Human Rights Watch China, 2003. Voir aussi : La Chronique (mensuel de la section française d’Amnesty International, « Spécial Chine », janvier 2004). 
  • (8) On dénombra trois tentatives de ce type en cinq semaines (août et septembre 2003). 
  • (9) Voir Luigi Tomba, « Creating an Urban Middle-class : Social engineering in Beijing » in The China Journal, Camberra, n° 51, janvier 2004. 
  • (10) They beat him until he was lifeless, Benjamin Joffe-Walt, lundi 10 octobre 2005. Le journal a fait depuis son mea culpa : www.guardian.co.uk/china/story/0,7369,1588595,00.html 

Cet article est paru dans Le Monde Diplomatique de mars 2004. Repris et réactualisé dans Manière de voir, février/mars 2006. Pour voir les autres traductions en langue étrangère (anglaise, espagnole, allemande,… voir le le lien.

Voir l’article : Shanghai for ever young. A également donné lieu à deux émissions du Dessous des cartes.

En accès libre le formidable  documentaire de Liang Ting Zhao, 2009 : Pétition, la cour des plaignants Filmés sur une dizaine d’années, près de la gare de Pékin, ils sont des milliers venus de toute la Chine à porter plainte à la « Cour des plaignants » contre les injustices dont ils ont été victimes dans leur région d’origine. Faute de se faire entendre des autorités locales, ces provinciaux, souvent d’humbles travailleurs, se voient obligés de faire le voyage vers la capitale pour essayer d’obtenir réparation suite à des licenciements arbitraires, des confiscations de terres, des arrestations, des tabassages, des simulacres de procès.

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