Art mémoriel : Michael Rakowitz et Li Kunwu

Mis en avant

Détail, mushkhushu, porte d’Ishtar, M. Rakowitz DR

Américain d’origine juive irakienne, Michael Rakowitz observe le pays de ses ancêtres sombrer dans le chaos. Après trente ans de conflits que reste t-il de ce pays dévasté, livré à la guerre civile, pillé jusque dans ses ruines ? Pour Rakowitz la tragédie est totale : humaine, écologique, patrimoniale.  Sur les 15 000 pièces disparues, huit mille sont toujours manquantes.

Michael Rakowitz;
en montage © www.philippepataudcélérier.com

Ces pièces, œuvres d’art, architectures de Babylone, Rakowitz entend les faire revivre à partir de matériaux de récupération : bouts de journaux, cartons, emballages de produits alimentaires originaires du Moyen-Orient. Un geste créatif, presque résurrectionnel, tant ces artefacts sont dans l’imaginaire de l’artiste des substituts aux personnes disparues, à toutes ces mémoires qui ne pourront jamais se reconstruire. À l’image de ce gigantesque taureau ailé qui trône et rutile depuis quelques mois en plein cœur de Londres dans sa livrée métallique : faite avec dix mille boîtes de conserve de sirop de datte. Une copie qui ressuscite l’une des œuvres millénaires de cette Mésopotamie antique pulvérisée à coups de marteaux-piqueurs par l’Organisation islamique (Daech).

Le tableau des petites annonces 看榜 Encre de Chine, 35 x 35 cm, 2014.

Li Kunwu lui se souvient. Dans cette Chine qui ne cesse de se détruire pour se reconstruire il veut surtout montrer ce qui n’existe plus. La Chine actuelle, tout le monde peut la dessiner. Mais la chine de son enfance, celle qui le traverse depuis 1955 lui seul peut l’exprimer. À la force de son encre trempée dans ses tripes remuées par cinq décennies de bouleversements politiques. Il va la dessiner dans le moindre détail, avec ses perspectives hallucinantes qui font la force des épopées visuelles.

Li Kunwu – Tracks/Arte © www.philippepataudcélérier.com

Soldat, dessinateur autodidacte, la balistique a déformé son œil, fortifié son regard. Illustrateur puis soudain bédéiste internationalement reconnu avec : Une vie chinoise traduite en une quinzaine de langues. Mille pages où défile l’histoire de sa vie à l’aune de la grande histoire, celle qui fauche tout. Depuis Li dessine toujours en plus grand ; en proportion de ses souvenirs qui le nourrissent et le hantent. Les plus grandes fondations, les musées exposent ses visions titanesques. La dernière mesure vingt et un mètres de long.

PP Célérier

À voir sur Arte / Tracks ; à partir du vendredi 22 mars 2019

https://www.arte.tv/fr/videos/085420-005-A/tracks

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